Ces outils nous trompent …

… parce que quand on croit que nos conversations  sont éphémères, elles sont enregistrées, et donc permanentes.

… parce que quand on croit que c’est permanent, que nos photos et nos fichiers seront toujours disponibles, la boîte coule ou ferme le service, et donc c’est éphémère.

… parce que quand on se croit tout seul à regarder une vidéo sur internet, elle nous regarde aussi… et elle prend des notes.

… parce que quand on écrit seulement pour nos potes sur Twitter, on se retrouve à écrire au reste du monde.

… parce qu’on a l’impression qu’ils sont gratuits, alors qu’on les paye avec l’histoire de nos vies.

… parce qu’ils font tout pour nous déconcentrer, transformer nos interactions en jeu vidéo et nous rendre accro.

… parce qu’ils devaient rendre le travail plus facile, alors qu’ils rendent surtout plus facile le contrôle de celles et ceux qui travaillent.

… parce que quand mes potes se font des confidences par email via mon serveur, moi, leur facteur, je peux les lire.

… parce que les ordinateurs sont partout, et que chacun d’entre eux peut nous surveiller et nous enregistrer.

… parce que, même quand on sait ça, on ne sait pas s’ils nous surveillent, ou si les informations seront analysés plus tard.

… parce que quand on connaît tout ça, on peut devenir paranoïaque, vouloir tout débrancher, alors qu’il n’est pas question de laisser les ordinateurs nous empêcher de vivre.

… parce qu’ils sont formidables, qu’ils nous permettent d’entendre des voix qu’on aurait jamais entendues autrement, qu’ils nous permettent de partager nos connaissances, de nous entraider et de nous organiser ensemble… mais au prix de notre autonomie et de notre indépendance.

POURQUOI a-t-on des outils qui ne sont pas conformes à nos attentes, à nos intuitions, à ce qu’on s’imagine d’eux ?

POURQUOI ces outils ne pourraient-ils pas le devenir ?

 

Extrait de la conférence gesticulée « Informatique ou libertés ? »

Texte de Lunar et Pouhiou sous licence CC0